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Défi funerailles: Terne et infini.

Titre : Terne et infini.
Disclaimer : Ils ne m'appartiennent toujours pas. Mais je vais tenter une OPA crapuleuse et les récupérer mort ou vifs.
Rating : PG
Type : fanfic
Défi : les funérailles de regulus
Personnages: Regulus, Severus, Sirius, Andromèda, Narcissa.
Nombre de mots: environ 900
Note: Je ne sais pas à quel point ça correspond à papotus. Disons que c'est mon interprétation d'une lecture en diagonale des faits. (Du coup, je sais pas si je dois taguer "autour de papotus")
Merci (encore et toujours^^) à rebecca_vonbird pour le beta.



La mer s'étend mollement aux pieds de la falaise. Terne et infinie.

Une cavité dans la roche blanche me sert d'abri. Je me suis assis, jambes ballantes, au dessus du vide. Vieux réflexe inutile d'un corps que je n'habite plus.
Le brasier en contrebas ressemble à s’y méprendre à une brûlure de cigarette. Petite braise rouge, incandescente, gravée sur le sable blanc de la plage.

J'ai fumé une fois. J'avais seize ans. Une cigarette un peu tordue, écrasée entre deux livres, abandonnée par Sirius dans sa fuite précipitée. Un minuscule pousse-au-crime qui roulait entre mes doigts, exhalant une odeur rance. J'avais ouvert la fenêtre pour m'accouder au balcon et j'avais singé la décontraction élégante que j'avais aperçue maintes fois dans les airs de mon frère. Incendio. Le tabac avait pris feu, petit cercle rouge et fines volutes se perdant dans la brume. La première bouffée fut une torture. La seconde aussi. Alors j'avais laissé la cigarette se consumer sur le rebord du balcon. Rongée par le feu cramoisi, petit à petit, elle avait disparu, ne laissant qu'un peu de cendre, de fumée grise et un goût de brûlé dans ma bouche.

Aujourd'hui, la cigarette, c'est mon corps moisi. En bas de la falaise, je le vois griller, rongé par le feu comme la clope oubliée d'autrefois. Braises rouges et fumée. Les fine volutes grises se perdent dans la brume et glissent jusqu'à moi. De mon balcon de pierre, je me regarde me consumer.
Je ne ressens rien. Pas de douleur, pas de chaleur. Pas même de tristesse. Il serait de bon goût que je pleure… ou peut-être devrais-je en rire. Mais cela m'indiffère. Mon corps est mort depuis des années. J'ai eu le temps d'abandonner ce pantin putréfié aux inferis. Rien ne peut être pire qu'eux. Pas même le brasier.
Si longtemps, au fond de cette grotte, j'ai espéré partir. J'ai hurlé pour en finir avec ce semblant de vie. Torture sans fin. Peu m'importait ce qu'il y aurait après, sur l'autre rive. Peu importait ce qu'il y avait eu avant, chez les vivants. Et les flots de rage par milliers. Déferlantes qui vous étouffent, si puissantes que vous n'existez plus en dehors de la haine.
Mais ils sont venus. Ils m'ont offert la mort…Et je n'ai pas pu. J'étais presque vivant à nouveau. Leur chaleur si proche aurait pu être la mienne. Leur cœur aurait pu battre à la place du mien. Tous les Black auraient pu venir me chercher que je n'aurais pas voulu les suivre. Si beau soit l'autre monde, rien ne pouvait égaler le son mat de leurs voix, le rythme rapide de leurs cœurs, et l'odeur vivante de leur peaux.
Je suis resté.
Et pourquoi? Pour les voir en ligne bien ordonnée. Calmes et raides, ils me regardent disparaitre. Et je peux deviner dans leurs yeux secs se refléter la lueur rouge du foyer.

Ma colère s'étend mollement à mes pieds. Terne et infinie.

Ils regardent, sans ciller, ce que j'ai été disparaître. Est-ce que me revoir fut une torture? L'odeur entêtante des souvenirs fut-elle plus violente que les relents fétides de mon corps ? Est-ce pour cela qu'ils me brûlent, pour éviter d'avoir encore pendant des années une tombe à regarder?
Dans quelques minutes, le feu et mon corps ne seront que des souvenirs. Les cendres seront emportées par la marée montante. Et une fois la fumée dispersée, ils s'empresseront d'oublier. Encore.

Est-ce que je pardonnerai quand j'aurai vécu la moitié de mon éternité? Est-ce que je les oublierais? Leurs abandons, leurs trahisons, leurs erreurs… Et les miennes.

La dernière flamme vient de s'éteindre. Déjà les vagues lèchent les restes du feu. La mer va emporter les traces de ce que j'ai été. Et il ne restera de moi qu'un nuage de fumée accroché à la falaise. Pas plus que ça… un fantôme.

L'éternité s'étend mollement à mes pieds. Terne et infinie.

La ligne franche des capes noires s'efface. Ils se dispersent, retournent à leur vie, puisque mon corps est mort. Andromède, toujours première, transplane. Narcissa, élégante que rien n'atteint, époussette le sable accroché à sa robe, avant de faire de même. Et Sirius, à grandes enjambées, me fuit comme il l'a toujours fait.
Il ne reste que lui. Severus a les pieds dans l'eau. Un branchage à demi calciné vient cogner sa jambe au rythme lent et régulier des vagues. Je donnerais mon éternité pour être ce bout de bois, et tenter d'attirer son attention avec mes coups répétés. Je ne peux même plus le toucher.
J'ai quitté le refuge de la falaise sans m'en rendre compte. Je suis dans son dos. Invisible, Intangible. Brume dans la brume. Quand les vagues lèchent les braises chaudes, restes de ma chair et de mes os, un murmure emplit l'espace. Un "chhh…" léger, comme une consolation, le bruit délicat d'une caresse. Mieux que tout ce que je pourrais prononcer.
Sa tête est penchée en avant. Ses cheveux ont glissé, laissant apparaitre la peau diaphane de sa nuque. Quand ma main s'approche, elle est plus livide encore. Et quand je le touche, je vois un frisson glacé descendre le long de son dos.
Il remonte son col, et resserre contre son torse les plis de sa cape, pour échapper au vent glacé, à moi. Puis, il s'en va.
Il ne reste que le bruit du ressac sur la plage.

Ma tristesse s'étend mollement à mes pieds. Terne et infinie.

Tags: andromeda, auteur : jufachlo, défi : funérailles, narcissa, severus, sirius, série : autour de papotus
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