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Défi Funérailles : Nocturne en bord de mer

Titre : Nocturne en bord de mer.
Défi : Les funérailles de Regulus
Série : Autour de Papotus
Personnages : Severus, Kreattur, Sirius, Narcissa, Remus, Gellert
Type : oneshot
Nombre de mots : 920

Rating : G à PG
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Dame Rowling, je ne me paye malheureusement pas de chaussures sur leur dos.


Nocturne en bord de mer



Le vent du soir venait juste de tomber, lorsqu’ils sont arrivés sur la grève.
Il restait un peu de rose au fond du ciel, une phosphorescence bleutée gagnée par les étoiles, mais la mer s’enfonçait déjà dans l’ombre et seule la vaste arche pâle de la falaise conférait encore un soupçon de clarté à la côte.

Une mouette a glissé dans un cri blanc, juste au-dessus de la frange d’écume, et une silhouette s’est matérialisée de nulle-part sur les galets. Un homme à la maigreur imposante drapée d’une longue cape noire ; au visage blême creusé d’ombres tranchantes.
Il a marché lentement en direction de l’eau puis s’est immobilisé, bras croisés, le regard perdu vers l’immensité obscure et mouvante, le visage légèrement incliné comme pour palper l’air paisible et frais, le parfum d’iode, de pierre et de lande, le froissement régulier des vagues… la substance même de ce paysage que n’endort jamais la nuit.

Seuls la houle, les étoiles naissantes et quelques oiseaux de mer ont pu être témoins de la douleur, de la mélancolie poignante dans ses yeux. Lorsqu’un roulement de galets l’a fait se retourner, son visage ne révélait plus qu’une tristesse soigneusement maîtrisée.
Deux formes improbables venaient d’apparaitre simultanément sur la grève. Une petite silhouette étrange et difforme, aux oreilles pointues, vêtue de haillons. Une haute masse oblongue, comme un vaste lit funéraire, sur lequel reposait un corps voilé de blanc.
Sans un mot, sans bouger, l’homme en noir a regardé la petite silhouette entasser en pleurant bûches et branchages sous le lit… regardé frissonner sous un souffle ténu de brise marine le grand linceul blanc qui partirait bientôt en fumée…

Nuit de juin, impassible. Loin vers l’ouest, au-dessus de l’horizon dont s’évanouissait peu à peu toute couleur, Saturne éclipsait déjà l’éclat plus pâle de Regulus.

Quatre bougies ont été allumées, coincées entre les galets aux quatre coins du bûcher, et un autre personnage est entré en scène. Aussi brun, aussi grand que le premier, mais moins pâle et la démarche plus souple, quoique plus hésitante. L’attitude toute entière incertaine, comme de qui découvre pour la première fois le lieu où il arrive… ou peine à réaliser ce qu’il est venu accomplir.

Pour tout salut, les deux hommes ont échangé un regard appuyé, ponctué d’un léger signe de tête. L’espace d’une seconde, le second a paru sur le point de dire quelque chose puis il s’est ravisé, a esquissé quelques pas indécis en explorant les ombres du rivage avant de s’immobiliser à son tour, les poings serrés dans les poches de sa veste, les yeux fixés sur un bout de drap blanc agité par la brise renaissante.

Les autres sont arrivés un peu plus tard, à quelques minutes d’intervalle.

Une femme en robe pâle, drapée d’un long voile dissimulant à demi son visage, ses yeux bientôt noyés de larmes alors qu’elle s’avançait vers le bûcher dans un bruissement de soie froissée. C’est elle qui regarda le plus longtemps, le plus fixement le corps, comme épinglée par une fascination horrifiée dont finit par l’arracher l’homme en noir, d’une main doucement posée sur l’épaule, de quelques mots murmurés.

Un homme en costume de tweed sombre, que seul le premier venu parut accueillir avec un réel plaisir. Des deux autres, il ne reçut qu’une œillade surprise, et un regard appuyé dans lequel colère et rancœur ressemblaient fort à une plaie encore béante.
Il préféra rester en arrière, présent pour celui qui justifiait sa présence mais à demi dissimulé dans l’obscurité en compagnie du dernier arrivé, un homme bien plus âgé à la silhouette mince et droite, d’un charisme étrange jusque dans son effacement volontaire.

*

Il n’y eut pas de discours, ce soir-là.
La petite créature aux oreilles pointues sembla mettre un temps infini à achever le bûcher, dressé avec un soin jaloux, un souci religieux du moindre détail. Lorsqu’il s’écarta enfin, balbutiant des phrases sans suite à l’adresse de son maître tant aimé, la femme s’approcha à nouveau et se haussa sur la pointe des pieds pour déposer une fleur unique, un long lys blanc à la chair nacrée, sur la poitrine invisible du mort.
Puis les deux hommes restés sur le devant de la scène échangèrent comme une concertation muette, aboutie sur quelques mots à voix sourde et un signe de tête. Au deux extrémités du bûcher, ils élevèrent en même temps le bras droit, prolongé d’une fine tige de bois…

Puisses-tu reposer en paix, Regulus, maintenant que ton âme est libre.

Ce fut là sa seule oraison funèbre, murmurée plus que prononcée alors qu’un double jet de feu jaillissait des baguettes tendues.

*

Les flammes ont dansé longtemps, très longtemps dans la nuit, comme alimentées par bien plus que le bois du bûcher. Très longtemps et très haut dans le ciel, abolissant presque l’éclat des astres et le bruit de la mer.

Tous sont restés jusqu’au bout, sur les galets polis, éclairés de lueurs mouvantes par l’incendie. Mais aucun d’entre eux n’a jamais soupçonné la présence d’une autre silhouette blottie loin dans l’ombre, entre deux pans de roche blanche.
Une silhouette immatérielle, sur laquelle la lumière n’aurait joué d’aucun reflet, mais dont les grands yeux gris dévorés d’une fièvre ardente ne perdirent pas un instant de la scène.

Regulus a disparu derrière l’horizon peu avant trois heures du matin. La marée montante, lentement, envahissait la plage et disperserait bientôt les dernières cendres du bûcher…
L’homme en noir fut le dernier à partir, ne laissant derrière lui que quelques restes calcinés, caressés par la mer… et une ombre bien incapable de repos ou de paix.

*


- La position des étoiles, en ce lieu, à cette date et à cette heure, a été dûment vérifiée. En revanche, je ne garantis rien côté marée !
- Pour qui n'aurait pas suivi la situation sur¨Papotus (et aurait quand même eu le courage d'essayer de comprendre), Remus et Sirius sont à cette époque en froid après une séparation particulièrement douloureuse, et Gellert est présent pour avoir aidé Severus à libérer Regulus et retrouver son corps, en lui confiant la Pierre de Résurrection, alors en sa possession.
Tags: auteur : ys_melmoth, défi : funérailles, gellert, kreattur, narcissa, remus, severus, sirius, série : autour de papotus
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