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Défi Le jour où Regulus Black décida de voler la moto de son frère. - Vu du ciel

Titre : Vu du ciel
Disclaimer : Ils ne m'appartiennent toujours pas.
Rating : G
Type : fanfic
Défi : Le jour où Regulus Black décida de voler la moto de son frère.
Personnages: Sirius et un pincée de Severus (c'est comme le sel, ça donne du goût!^^)
Nombre de mots: 1220 mots environ
Note: Merci (encore et toujours^^) à rebecca_vonbird pour le beta.


Une idée stupide. Oui, j'en conviens, sur ce point Severus a raison. De là à dire que c'est la consanguinité qui parle… Peut-être. Je suis fou, c'est certain. Dès qu'on aborde le sujet Sirius, oui, je suis parfaitement fou. De rage, de colère, de haine. Et cette folie me tord les entrailles, me rend malade. Elle me pousse à faire des actes aussi stupides que celui-là. Severus le sais. Il parle de consanguinité pour ne pas aborder les vraies raisons. Il esquive à ma place. Je lui suis reconnaissant.

Et une si belle occasion ne se refuse pas. Faire souffrir mon frère, le voir enrager, pleurer peut-être, je ne peux pas passer à coté. Peu importe les motivations profondes, après tout. Severus sait qu'il ne me fera pas changer d'avis, il me laisse partir avec un mouvement d'épaule désabusé.

Je suis caché par l'ombre de la ruelle. Invisible, j'attends une heure, peut-être deux. J'ai appris très tôt à disparaître aux yeux du monde. Insignifiant, sans substance, à peine plus que l'ombre d'une étoile. J'ai tellement peu compté qu'aujourd'hui encore, je suis surpris qu'on m'accorde de l'importance.

Quand j'entends le bourdonnement étrange qui s'approche, je m'appuie un peu plus contre le mur derrière moi. Mes mains s'agrippent aux briques, pour me retenir. Il faut attendre un peu. Ce n'est pas la bagarre que je suis venu chercher. Même si sentir mes mains briser ses os serait jouissif. Je sais d'expérience que je ne gagnerai pas à ce jeu là. Mère hurlait toujours en nous regardant nous battre. Des manières inacceptables. On ne se bat pas au corps à corps quand on est un sang pur. Il faut faire les choses dans les règles : des sorts, des enchantements, voilà ce qu'il convient à une rixe entre gens du grand monde. Mais ses cris et ses punitions n'y ont rien fait. Nos disputes finissent toujours par des coups, des griffures, des morsures. Un besoin physique irrépressible. Plus bestial… Plus proche.

La ruelle déserte s'allume sous la lumière blanche de ses phares. L'engin se pose sans autre bruit que le ronronnement sourd de son moteur. Comme un immense chat noir. Il se gare à dix mètres de moi, devant la porte qui mène à son appartement. Je vois ses lèvres bouger doucement. Je n'ai pas besoin d'entendre le sort de protection qu'il lance. Je le connais. Le même que celui qu'il jetait sur la malle accueillant les livres et revues moldues que lui offrait l'Oncle Alphard quand j'avais 6 ans. Le même que celui qu'il jetait sur la boite de bois sombre qui contenait les lettres de ses amis quand j'avais quatorze ans. Le même que celui que je jette sur le coffret qui contient les vestiges de notre enfance : quelques photos ou nous sommes ridiculement souriants, un dessin fait à quatre mains et déchiré en deux morceaux, un carte de chocogrenouille ou Morgane est affublée d'une moustache tracée au crayon rouge. C'est ridicule, cela aussi … La consanguinité, certainement.

Il s'éloigne de la moto, se dirige vers la porte, qu'il ouvre. Immeuble moldu. Pas de protection qui puisse me résister. Je pourrais le surprendre dans son sommeil sans même qu'il s'en rende compte. Il n'ouvrira les yeux qu'une seconde avant de mourir, pour me voir penché au dessus de lui, le sourire aux lèvres. J'ai essayé, il y a quelques semaines. Je n'ai pas pu. Je suis resté prés de son lit, ma baguette tendue vers les couvertures qui le cachaient. Et je n'ai pas pu.

Au moment d'entrer, il s'arrête et se retourne. Son regard se pose sur le recoin sombre dans lequel je me trouve. Ses sourcils se plissent… Mon souffle reste coincé dans ma gorge. Mais il se retourne et disparaît dans l'immeuble. La porte se referme dans un petit claquement sec. Et quelques minutes plus tard je vois la lumière s'allumer dans son studio du dernier étage.

Je peux sortir de l'ombre. Mes mains, crispées, ont du mal à se détacher des aspérités du mur. Mes pieds semblent collés au sol. J'imagine son visage tordu par la colère, j'imagine la peine qu'il aura quand il trouvera sa chère, très chère moto écrasée sur le pavé, réduite en mille morceaux éparpillés dans la ruelle sombre et crasseuse. Cette peine là paiera pour celle qu'il n'a pas eu quand il m'a laissé moi, écrasé sous le poids de l'héritage des Blacks, en mille morceaux éparpillées entre les murs du Square Grimmault.

Mes pieds acceptent alors de bouger, mes mains se desserrent. Je m'approche de la moto en courant. J'annule le sort de protection presque sans m'en rendre compte, mécaniquement. Je me glisse sur le siège. Et, avec une facilité déconcertante, j'arrive à faire ronfler le moteur et à prendre mon envol.

L'air frais glisse sur mon visage et rapidement je peux admirer la ville. Un monde microscopique sous mes pieds. Les immeubles aussi minuscules que des petits cailloux, les voitures des Moldus si semblables à des colonnes de fourmis, bien en ligne, les unes derrière les autres, imperturbables. Les parcs forment des taches d'un vert sombre, et leurs arbres sont des dizaines de brins d'herbes. Au loin un lac, grande flaque d'eau dans laquelle je pourrais sauter pour éclabousser la terre tout autour.

Quand j'avais quatre ans, je regardais de ma fenêtre le square en face de la maison. Les enfants, insouciants se pressaient pour prendre place sur une balançoire qui me semblait millénaire : les montants couverts de rouille, les cordes légèrement effilochées, l'assise faite de bois gris et tordu. Parfait symbole de la décadence et de l'inutilité des Moldus, selon Mère. Et pourtant je ne rêvais que de m'y percher, de prendre de l'élan, et de toucher le ciel du bout de mes pieds.

Un matin, alors que le soleil n'était pas encore sorti de derrière les grands arbres du parc, Sirius m'avait réveillé. Il m'avait tiré par la manche de ma chemise de nuit jusqu'à la porte d'entrée. Il l'avait ouverte, et j'avais compris. Je me souviens encore des gravillons de l'aire de jeux piquant la plante de mes pieds nus, de la peur qui m'avait fait agripper les cordes rugueuses, des mains chaudes de mon frère dans mon dos, poussant pour me faire décoller.

Et le monde qui s'éloigne, les graviers qui deviennent minuscules, les fourmis rangées en colonnes serrées qui disparaissent, et la flaque d'eau sale pas plus grande qu'une goutte de rosée.
Loin de tout, seul au milieu du ciel. Libre, sans attache, un minuscule nuage.

La moto vibre doucement. Je redescends vers la ville. Les cailloux redeviennent immeubles ; les fourmis, voitures ; les flaques, lacs ; et le garçon de quatre ans, mangemort.

Je pose la moto devant l'immeuble, intacte. Sur les marches du perron, mon frère est assis immobile. Il me regarde sans rien dire. Et je fais comme s'il n'était pas là. Comme si lui aussi savait être aussi invisible qu'un ombre. J'éteins le moteur, descends, et jette le sort de protection. Je m'éloigne dans la ruelle sombre sans regarder dans sa direction. Quand j'atteins l'angle de la ruelle, j'entends la porte de son immeuble se refermer dans un petit claquement sec.

Je n'ai pas pu. Une fois de plus. Severus dit que c'est la consanguinité qui me rend si faible. Et, je lui suis reconnaissant de ne jamais parler des véritables raisons. De celles que je ne peux accepter que seul au milieu du ciel.

Tags: auteur : jufachlo, défi : moto, fanfic, severus, sirius
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