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Défi : le jour où Regulus vola la moto de Sirius - Ennui

Titre :  Ennui
Disclaimer : Perso et univers à JKR, Détails à papotus_sempra et le reste à moi, tama_abi 
Rating : PG-13
Type : fanfic
Défi : Le jour où Regulus décida de voler la moto de Sirius
Pairing : Severus/Regulus
Série : Autour de Papotus
Nombre de mots : 1428



Ennui

Nous étions en juillet 1976 et Regulus s’ennuyait. Beaucoup.
Mais ce n’était pas un ennui de type passif, pas un de ces ennuis où l’on ne sait pas quoi faire, où le temps s’allonge parce que ça l’amuse et qu’on le regarde faire passivement. Non. C’était un ennui actif. Un ennui parce que ce que Regulus voulait faire, il ne pouvait pas le faire, et que ça l’empêchait de faire quoi que ce soit d’autre, parce que faire quelque chose d’autre aurait signifié arrêter de penser à ce qu’il avait envie de faire.
Et il ne pouvait pas vouloir ne pas penser à lui. Donc il y pensait, encore, toujours, avec adoration, et il ne s’ennuyait jamais de ces pensées. Mais le reste s’ennuyait, et Regulus s’ennuyait de lui qui n’était pas là.

Son frère était parti passer les vacances chez des amis que sa mère préférait ne pas nommer. Regulus savait qu’il s’agissait de Potter, mais l’on ne prononçait pas ce nom-là dans la Très Noble et Très Ancienne Maison des Black. Son père était mort l’année d’avant – un accident avait-on dit, mais ils n’avaient jamais vu le corps – et sa mère tenait la fratrie, ou ce qu’il en restait, d’une main de maître.
Et Regulus était ennuyé par son autorité qui frôlait l’extravagance, et un petit peu de folie, mais il ne se l’admettait pas.
Et il avait envie de le voir. Il lui manquait. Mais jamais, au grand jamais, il ne pourrait écrire cela dans une de ses lettres, car cela risquerait d’entraîner un terme impromptu à cette correspondance qui lui était si chère.

Fort de son ennui et de sa résignation, le jeune homme décida de s’offrir une visite complète du Manoir pour la sept cent quatre-vingt-dix septième fois depuis sa naissance – il avait battu le record de Sirius deux jours auparavant, mais son grand frère n’était pas là pour tenter de rattraper le score.
Le début était facile : les salles communes lui étaient autorisées sans problème et la bibliothèque était bien plus accessible depuis que son père n’y passait plus ses journées, sursautant au moindre souffle. Il s’y attarda néanmoins, caressant un instant le manuscrit complet du Bestiaire d’Aberdeen qui se trouvait dans ses rayonnages réservés. Celle de ses possessions qui lui était la plus chère.
Si je meurs, je le lui léguerais, songea-t-il, car il ne voyait pas meilleur dépositaire pour cet antique ouvrage. Que songer à son testament à son âge soit quelque chose dénotant d’une éducation malsaine ne lui effleura pas la pensée. Sa famille, sa maison, son sang respiraient le vice. Que pouvait-il y faire ?

Il ressortit de la grande pièce sombre pour monter aux étages. Au troisième, après les deux chambres d’amis, à côté du salon bleu, se trouvait l’entrée du passage menant aux parties secrètes du Manoir. Enfin… L’une des entrées, mais c’était la seule que son frère et lui avaient trouvée après moultes années de recherche.
Il se glissa dans la tapisserie, entre un gentilhomme et sa femme, en prononçant le mot de passe, et se retrouva dans un couloir lumineux, qui menait à une sorte de grand salon en pierres sombres, couvert de miroirs.
Chacun des miroirs était une porte, menant il ne savait où, et s’ouvrant d’une façon différente de ses voisins. Au cours de leurs nombreuses expéditions, les deux frères avaient réussi à en ouvrir cinq. Et un discours de Severus concernant l’importance de la position du soleil dans la préparation de certaines potions lui avait mis la puce à l’oreille.
Il avait repéré lequel de tous les miroirs était éclairé de façon directe quand le soleil était à son zénith, et avait fait la liste de tous les éléments de potions s’utilisant à cet instant précis de la journée pour tenter de l’ouvrir.

Il lui fallut une heure pour trouver le bon, avec le geste de baguette approprié. Le miroir s’ouvrait sur un escalier qui descendait raide, en bois, éclairé de torches. Et même s’il se savait descendant des Black, c’est baguette à la main que Regulus s’y engouffra.

Après une descente qui lui sembla vertigineuse - l'escalier était pentu et étroit - Regulus déboucha dans une pièce sombre et fraîche. Il entendit un bruit inquiétant derrière lui, lui apprenant que l'accès par lequel il était arrivé venait fort probablement de se fermer. Comme le dirait son frère, il n'était pas dans la mouise.
Les contours des meubles de la pièce étaient indistincts et, même s'il n'était pas sûr de vouloir savoir ce que l'endroit contenait, il opta pour un Lumos...
Lumos qui lui apprit qu'il se trouvait dans la salle des balais, ce que les moldus appellent communément un garage. Rangés proprement sur le mur en face de lui, les balais de la famille, flambants de propreté, s'alignaient en attendant le bon vouloir de leur propriétaire. Et à sa gauche, contre le mur, se trouvait la moto de Sirius, cette espèce d'abomination rose qu'il avait acquise par des moyens sûrement illégaux un an plus tôt.

La ballade de Regulus était terminée - la porte qui se trouvait sur sa droite menait sur le hall d'entrée - et son esprit se ranima du vif manque qu'il subissait depuis le début de la journée... depuis le début des vacances ! Il avait besoin de voir Severus.
Il fit un pas vers la porte, songeant à envoyer une lettre au sujet de ses pensées, mais quelque chose l’arrêta. Un éclat rose. La moto lui faisait de l’œil.
Un instant d’hésitation, l’image du visage furieux de sa mère, et Regulus fit un autre pas en direction de la porte. C’est à ce moment-là qu’il se souvint que sa mère avait placé des charmes d’alarmes sur tous les balais, mais que la moto avait résisté bravement.
Le visage déçu de son frère fit fondre sa détermination. Mais la pensée que, finalement, le studio de Severus n’était qu’à quelques minutes de là, en volant était… pour le moins charmante.

Il ne lui vint pas une seconde à la tête que, peut-être, Severus serait occupé, ou n’aurait pas envie de le voir. Pour Regulus, Severus devait forcément s’ennuyer de lui autant que lui s’ennuyait de Severus, et c’est cette certitude en tête qu’il enfourcha l’engin, écrasa le bouton Silence avant de démarrer, d’ouvrir le mur magique du fond du garage et de s’envoler.

Le trajet fut rapide. Il atterrit dans une impasse, gara la moto à laquelle il avait donné une apparence moins criarde que la sienne propre (Merlin, qu’il aimait ce pouvoir que lui offrait le passage de ses Buses) et s’engouffra dans l’immeuble de Severus. Sept étages plus haut, il frappait à une porte, qui s’ouvrit rapidement sur un jeune homme à l’air revêche - il venait d’être dérangé dans sa lecture - qui s’adoucit considérablement à la vue du visiteur impromptu.
« Regulus, entre. »

La discussion commença difficilement. Expliquer la raison de sa visite paraissait impossible à Regulus, qui crut mourir de désespoir sous le regard perçant de son amant. C’est au bout d’un quart d’heure de discussion un peu plus légère qu’il laisse échapper un « Tu me manquais » qu’il trouva misérable.
Snape le fixa un instant de ses yeux noirs avant de l’attirer dans un baiser. Regulus en oublia même qu’il n’avait rien répondu. La discussion se fit plus intime, de plus en plus souvent entrecoupée de baisers, qui finirent par prendre le pas sur leurs neurones encore activés.
Les mains frôlèrent, les bouches goûtèrent, les vêtements volèrent, et c’est en admirant le corps nu de son amant qui le surplombait que Regulus eut la fugace pensée que son petit voyage valait tous les risques du monde.
Ils se joignirent, se rejoignirent et se perdirent dans des limbes délicieux sur le lit aux ressorts grinçants de Severus. Puis ils parlèrent encore, de livres et de potions, paresseusement installés l’un contre l’autre, nus, enroulés dans les couvertures devant la cheminée.

La nuit commençait à tomber, et Regulus prit la grave décision qu’il était temps pour lui de partir. La moto l’attendait sagement, telle qu’il l’avait laissée, et le trajet de retour fut aussi court que celui d’aller, mais mille fois plus douloureux.
Il eut à peine le temps de se poser dans la pièce aux balais que sa mère débarquait comme une furie. Son silence n’arrangea pas sa peine, et il passa un moment que les assistantes sociales réprouveraient. Mais lorsque qu’il fut couché, endolori et affamé, sa tête était pleine de son après-midi magique, et il remercia son frère en pensée d’avoir acquis une moto pareille. Elle l’avait sauvé de son ennui.

Fin
Tags: auteur : tama_abi, défi : moto, fanfic, severus, série : autour de papotus
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