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L'arbre à drabbles : septième bouture [Terminée]


Afin de faciliter la lecture du schmilblick et de susciter de nouvelles envies de jardinage, nous vous compilons ici une septième histoire issue du défi L'Arbre à drabbles dont vous êtes le jardinier.

Cette entrée a été mise à jour à chaque ajout d'un nouveau drabble. Elle est désormais terminée, mais il vous reste possible d'ajouter une fin alternative, dans le post principal du défi, en réponse à l'avant-dernier drabble

Toutes vos remarques et reviews concernant l'histoire en général, ou un drabble en particulier, sont les bienvenues en commentaires à cette entrée.

Si vous avez participé à la rédaction de cette histoire, n'hésitez pas à tracker ce post pour recevoir les commentaires de vos lecteurs !

*

Défi : L'arbre à drabble dont vous êtes le jardinier
Auteurs (dans l'ordre) : ys_melmoth, taraxacumoff, ys_melmoth, taraxacumoff, ally_ashes, archea2, ally_ashes,ys_melmoth, archea2, tama_abi, ys_melmoth, taraxacumoff, ally_ashes, archea2,
Disclaimer
: Les personnages appartiennent à l'heureuse JKR. Les situations et les péripéties appartiennent aux auteurs respectifs (précisés en en-tête de chaque drabble)
Rating : PG
Personnages : Regulus, Severus, Sirius, Lily

*

Ce couloir est d'une longueur absurde - quasi inhumaine, à l'échelle de cette trop vaste école.
Regulus avance sans un bruit, nimbé d'un silencio qui étouffe le claquement froid des chaussures sur la pierre, le bruissement de sa cape aussi noire que l'ombre dans laquelle il se faufile... jusqu'aux battements de son coeur qui semblent résonner follement à ses propres oreilles malgré tous ses efforts de maîtrise.

Ses doigts le conduisent, frôlant le mur, suivant les aspérités de la pierre, comptant les portes de bois sculpté.. Il y est presque... Puis soudain, un bruit de course, juste derrière lui, l'immobilise.

*

Regulus se cache dans l’embrasure d’une fenêtre, rabattant sur lui le rideau et déjà le son d’une dispute couvre le bruit des pas.
« Severus, Severus, attend. »
Son frère ? Il jette un œil curieux par l’entrebâillement.
Echevelé, les joues rougies, Sirius semble l’image même du désespoir.
« Ce n’est pas ce que tu crois.
—Cela en avait drôlement l’air !
—James était juste curieux de savoir ce que ça faisait, d’embrasser un type ! »
La voix se fait cajoleuse, et son frère caresse la joue de Severus.
« Tu es le seul avec qui c’est sérieux. »

*

Dans l’ombre du rideau, un Regulus assez pâlot tente de digérer le flux brutal d’informations. Son frère… avec un garçon. Un serpentard. Le serpentard censé être son plus grand ennemi.
Ce type austère aux cheveux gras, qui ne sort jamais son nez crochu de ses bouquins… avec son frère.
... en train de se faire rouler un palot langoureux par son frère, et soudain beaucoup plus vivant qu’il ne l’a jamais semblé en quatre ans de pensionnat.

Les doigts de Snape se sont accrochés presque rageusement à la nuque de Sirius. Puis soudain, il s’arrache au baiser, le repousse. Gronde :
- C’est trop facile, Black !

*

Severus continue, crachant d’un ton passionné que Regulus n’aurait pas soupçonné dans cette poitrine creuse et maigre…
« Tu veux mettre ta langue dans la bouche de Potter ? Parfait ! Seulement, hors de question que tu m’approches après…. Je n’ai certainement pas envie de partager ses germes ! ».
Sirius sourit.
« Les germes….ou moi ? Qu’est-ce que tu refuses de partager, Sev ? »
Severus rougit, serre les poings.
« Va te faire foutre !
-C’est plutôt l’inverse, généralement… »

PAF !
Le bruit de la main du Serpentard emplit le couloir, de la même façon que la trace rouge qu’elle laisse semble emplir la joue pâle sur laquelle elle s’imprime...

*

Sirius paraît stupéfixé pour quelques instants avant de porter une main à sa joue. Les deux garçons se regardent fixement, tremblants de colère. Sans détourner le regard, Severus recule, comme s’il voulait stigmatiser leur séparation.
La voix qui brise le silence semble presque étrangère à Régulus :
- Ne pars pas. Ne me laisse pas seul.
- Tu as tes amis ! Surtout Potter…

La réponse est glaciale, presque haineuse, et Sirius accuse physiquement le coup. Une envie de le défendre naît peu à peu en Régulus, à sa plus grande honte.

- C’était un jeu, James est à mille lieues de…
- C’est ça le problème. Pour moi ce n’est pas un jeu. Ce n’était pas un jeu.

Soudain Sirius est repoussé contre le mur. Pourtant l’autre n’a pas prononcé un mot, une magie qui ne s’apprend qu’en sixième année… Sirius semble également surpris, et laisse partir le serpentard. Puis il s’affaisse contre le mur, la tête entre les mains.

Derrière son rideau, Regulus voit apparaître une larme, puis deux. Une partie de lui le pousse à révéler sa présence, peut-être même à l’aider. Une autre, forgée par l’habitude, lui crie de laisser le traître à sa douleur.
 
*

Et lorsqu'il fait le premier pas, il est conscient que ses motivations sont encore ambiguës : apparaître à Sirius, lui tendre la main, c'est aussi lui faire voir qu'il est pris en flagrant délit de faiblesse.
Aussi Regulus ne tend-t-il pas la main à son frère. Pas du geste, du moins.
- Sirius...
Sa voix, à cet instant, est plus jeune que lui. C'est la voix de l'enfance, du temps des secrets partagés, la voix qui précédait l'instant où l'aîné éclatait de rire et réparait l'accroc à la tapisserie, effaçait la moustache sur le portrait de l'aïeule, ou sortait un mouchoir pour éponger des pleurs qui ne venaient jamais de lui.
Les rôles sont troublés aujourd'hui : c'est Sirius qui relève la tête de ses bras et le regarde, hébété, avant de murmurer d'une voix cassée :
- Je n'y comprends plus rien...
Regulus se laisse envahir par un sentiment étrange, qui le prend aux veines et qu'il serait bien en peine de définir. De la peine, justement, mais aussi du soulagement, une pointe de triomphe à être celui qui, sans y comprendre davantage, prend les initiatives, une vague honte à être le témoin de cette indignité...
C'est la honte qui le pousse à s'asseoir au côté de son frère pour que celui-ci n'ait pas à soutenir son regard. Mais c'est le triomphe qui le fait parler d'une voix un peu sèche, une voix qui se veut adulte, elle.
- C'est si compliqué, de comprendre qu'on fait du mal aux autres?

*

Sirius ne répond pas. Son silence a le parfum de la honte, de l’entêtement, de la douleur aussi. Les mots résonnent, égratignant au passage son amour-propre, et font naître des réactions contradictoires. L’enfant rebelle a envie de hurler qu’il n’a rien fait de mal, qu’il s’autorise des plaisirs trop longtemps interdits. L’adolescent à vif ne peut que se rendre à l’évidence et a envie de disparaître, très loin. Le grand frère, lui, entend ce qui n’est pas dit : dans ces « autres », il y a celui qui se réfugiait dans son lit les soirs d’orage, celui qui aimait les histoires. Un petit garçon qu’il croyait avoir perdu.

Regulus a raison… et pourtant le reconnaître c’est avouer qu’il n’est pas meilleur que les autres. Pas meilleur que ceux qu’il méprise. Le miroir qu’il vient de placer devant son âme renvoie une ignoble image. Fuir serait simple, fuir est impossible. Cruelle ironie que cette leçon de maturité.

Il ne peut ni le regarder, ni lui parler ; pas encore. Alors dans un murmure adressé aux pierres il tente à son tour d'envoyer un message :
- Oui, c’est compliqué. C’est difficile. Presque autant que de pardonner.
 
*


- Pardonner quoi, Sirius ?

Si la voix du cadet reste sèche, il y a dans sa dureté un accent bien plus artificiel, empreint de lassitude. L’aîné le regarde furtivement avant d’en revenir au mur.

- Tu sais bien.
- Là n’est pas la question.

A nouveau un silence. Buté ? Confus ? Regulus a conscience d’être à deux doigts d’aller trop loin, mais il ne peut pas laisser passer cette chance, peut-être unique. Alors, il tourne les yeux vers l’autre et assène, d’un ton qui sonne un peu pédant à ses propres oreilles.
- S’il y a des choses que tu veux te faire pardonner, tu ferais bien de commencer par apprendre à demander pardon.

Les yeux de son frère se tournent vers lui, pour de bon. Désorientés, toujours, mais ravivés d’une petite flamme…

- Ne rejette pas toutes les fautes sur moi, Regulus
- Non. Snape aussi t’a frappé. Il t’a fait du mal, volontairement, parce que tu l’avais blessé. Il le regrettera peut-être, après, mais c’est à toi de faire le premier pas, Sirius. C’est à toi de savoir jusqu’où tu veux pousser ce jeu idiot.

La voix a vacillé sur les derniers mots. A nouveau, terriblement enfantine. Et l’adolescent se lève soudain, comme pour fuir…

*

Peut-être espérait-il que Sirius serait plus rapide que lui, Sirius qui vole comme un aigle au Quidditch, anticipe les questions des professeurs en cours et n'attend jamais de regarder l'adversaire dans le blanc des yeux avant de tirer sa baguette. Peut-être espérait-il trouver le corps de son frère en travers de la porte, le premier pas déjà fait, fait avec lui d'abord.

Il espère en vain. Sirius se lève, mais au ralenti, encore hébété. Et Regulus comprend qu'il lui en demande trop. Dans la clandestinité, il est grisant de renverser les règles ultimes, d'aimer l'ennemi et d'embrasser le frère qu'on s'est choisi comme un amant. Mais quand la réalité rattrape le secret, et qu'il faut faire un choix au grand jour... un choix qui oblige à revenir sur tous ceux qui précèdent, tous ceux qui vous ont rendu populaire... c'est autre chose.

- Je ne sais pas...

La colère de Regulus fait refouler l'enfance au fond de sa voix. Cet aîné qui lui a fait sentir des années durant qu'il était le maître du jeu refuse maintenant d'assumer son rôle? Maintenant, quand il est encore assez fort pour qu'un mot de lui suffise à combler les brèches dans trois coeurs?

Puis l'amertume succède à la rage et Regulus passe la porte avant de s'enfoncer dans le couloir. S'il refuse de se retourner, il ralentit le pas, espérant peut-être que ceux-ci suscitent soudain un écho, l'ombre d'un second pas. Mais le silence l'accompagne jusqu'à son dortoir, et le silence reste avec lui sous le baldaquin, jusqu'à ce que le peu de nuit pâlisse.

Il commence le matin au ralenti, et lorsqu'il entre dans la Grande Salle, c'est avec un reste d'espoir chevillé au corps que, malgré tout, cette nuit n'aura pas été vaine, que quelque chose aura peut-être changé, aura eu le temps, malgré tout, de changer.

Maintenant ou jamais

*

La Grande Salle était presque vide. À la table des Serpentards, seul Severus, l’air encore plus maladif que d’habitude, essayait tant bien que mal de se noyer dans un bol de café brûlant.
Regulus qui, pour la première fois, se sentit terriblement proche de son aîné, s’assit à ses côtés, sans dire un mot. L’autre ne lui lança pas même un regard.

Les tables se remplissaient, le café de Snape refroidissait et Regulus avait réussi à grignoter un quart de toast lorsque son frère fit une entrée… remarquée :
« Tu es un CRÉTIN, Sirius Black ! »
Son voisin eut une moue moqueuse qui se transforma en grimace lorsque Lily Evans, visiblement habitée d’une fureur rare, traîna ledit crétin en direction de la table des Serpentards… dans leur direction.

« Severus, écoute-moi… » commença son frère.
Mais celui-là se leva brusquement et se dirigea vers la porte dans un large mouvement de robe.
« Bordel, tu ne comprends donc pas que je t’aime ?!! » hurla Sirius.
Le silence éloquent de la Grande Salle maintenant pleine lui répondit.

*

Severus s’est figé dans son élan – une statue de sel, ou un sortilège de Dévastation à deux doigts d’exploser.
Regulus en a laissé tomber son toast dans son café, et observe son frère d’un air incrédule.
Lily a plaqué une main contre son front, et semble soudain partagée entre le rire nerveux et la désolation pure.
Sirius, lui, est devenu très rouge, mais ignore royalement les regards choqués sur sa personne.

Puis, Severus, lentement, se retourne. Ses yeux lancent des Avadas, mais Regulus le connait assez pour lire la confusion et le trouble, sous le masque que tente de revêtir son visage.

- Si tu as décidé de te donner en spectacle, ce sera sans moi, Sirius Black.

Puis il fait volte-face, et remet le cap sur la sortie.

- Severus !

La main de Regulus et la main de Lily s’abattent en même temps sur le bras de Sirius, l’empêchant de sauter sur le fugitif pour remettre le couvert en public.

- Il va falloir t’y prendre avec un peu plus de subtilité, je le crains.

La remarque de Lily arrache un ricanement au cadet, qui s’est empressé de lâcher son frère en prenant conscience de son geste.

- Subtili-quoi ?

*

Lily et Regulus partagent un regard de connivence désolée, avant de détourner les yeux, gênés de lire chez l’ennemi le même agacement mêlé de pitié.…
« Sirius »…La voix de la jeune préfète s’est faite patiente.
« Tu as déjà entendu l’expression "Un éléphant dans un magasin de porcelaine "?
—Tu perds ton temps, Evans. On traversera la Manche à pieds et à sec avant que Snape se laisse embobiner de nouveau par cet olibrius bavard et fier-à-bras. »
Sirius se redresse, vexé, et toise son frère avec hauteur, l’orgueil Black s’épanchant par tous les pores de la peau, dans la posture, l’expression…Jamais il n’a autant semblé né pour faire ramper le reste des sorciers, jamais assez grands, jamais assez beaux, jamais assez puissants pour se mesurer à lui.
Leur mère peut le déshériter, lui-même peut claquer la porte, mais jamais Sirius ne sera autre chose qu’un Black, prince parmi les sorciers et ça donne à son cadet des envies de distribuer des claques. C’est lui qui devrait être le seul vrai Black.
« Attends-toi à avoir Severus Snape comme futur beau-frère avant la fin de la journée. »
…Ceci dit, il n’est pas sûr que cela suffise.

*

Sur ces mots de défi et de provocation, Sirius se dirige à son tour vers la sortie. Il s’impose un pas calme, presque lent, soutenant les regards curieux. Il n’avait pas prévu ce qui s’est passé : les mots sont sortis tous seuls, doués d’une volonté propre. Certes, la subtilité n’a jamais été son fort, mais il n’aurait jamais fait ça en temps normal. Peut-être est-ce à cause du manque de sommeil, de sa rencontre avec Regulus. Peut-être se sent-il invulnérable parce qu’il aime et est certain malgré tout d’être aimé.

Fort de cette certitude d’être en accord avec lui-même, il supporte les murmures et les rires. Ceux qui le montrent du doigt comprendront un jour, il n’a pas une seconde à leur consacrer.

A l’instant où il franchit le seuil, il se rend compte qu’il vient de défier plus de deux cents adolescents. Il pourrait en affronter mille, investi d’une force vieille comme le monde. Enfin presque : il reste un sorcier dont il redoute la réaction, et c'est le seul qui importe.

Mais il n'a pas le temps d'y réfléchir: une main le saisit violemment par le cou la porte à peine refermée.
 
*


La main s'entortille dans les longs cheveux noirs, les tire en arrière sans douceur, faisant ployer la nuque, obligeant Sirius a lever les yeux sur un Severus qui semble avoir pris dix pouces en une nuit. Ou peut-être est-ce simplement que Severus n'est plus voûté, les épaules basses, comme si souvent lorsqu'il sort de la Grande Salle pour affronter une nouvelle journée?

- Tu cesses. Immédiatement. Tu cesses de jouer. Tu. Arrêtes. Ton. Sale petit jeu, Black.

Sirius regarde les yeux brillants, où le sel n'est plus seulement celui de la colère, la bouche contractée.

- J'en ai assez pris, tu m'entends? Fous-moi la paix! Tu... tu...

La main relâche soudain son emprise. Mais comme ce jeu-là peut se jouer à deux, Sirius ne prend pas le temps de se masser la nuque. Il jette un bras en avant, croche Severus à la nuque à son tour et attire de force le visage du garçon contre le sien.

- Pouce, dit-il simplement, et son autre pouce vient lisser la lèvre inférieure comme pour la préparer à la caresse qui suit de plus près.

Quinze secondes et un grincement de porte plus tard, une voix familière vient interrompre l'étreinte.

- Eh bien, il n'y a plus qu'à annoncer la nouvelle à maman.

Le petit frère, l'insupportable, le providentiel petit frère, qui a inversé la situation en sauvant cette fois son aîné du pire péril qui le menaçait - lui-même - est adossé à la porte qu'il contient tant bien que mal contre l'assaut de deux cents élèves décidés à connaître la suite du feuilleton.

Il a la satisfaction de voir Sirius devenir aussi blême que son cher et tendre. Puis le Gryffondor relève le menton, défie les deux autres du regard et répond simplement : "Je vais lui écrire".

Il s'enfonce dans le couloir à pas rapides, laissant derrière lui un Regulus encore railleur et un Severus muet, le col chiffoné et une petite morsure visible au coin des lèvres, et c'est bien sûr le moment que choisissent les gonds de la porte de la Grande Salle pour céder.

FIN

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